2026-02-13

Journée contre la Torture au Pays Basque

Le 13 février est de nouveau là. Cette date marque la Journée contre la Torture au Pays Basque (Euskal Herria), en mémoire de Joxe Arregi, militant d’ETA décédé en 1981 des suites des tortures subies lors de sa période d’incommunicado après son arrestation.

Malgré les années qui passent, et dans ces temps obscurs où l’on nous vend une paix factice, les lois d’exception persistent. Utilisées par les États contre la résistance basque, ces lois — telle que la Loi Antiterroriste espagnole — ont servi de prétexte et de garantie juridique pour torturer des milliers de militants.

L’histoire nous montre que tout système de domination a servi, de siècle en siècle, à l’asservissement d’une classe par une autre. La classe dominante a eu recours au contrôle social et à l’aliénation pour écraser les dominés, n’hésitant devant rien pour réprimer la dissidence : assassinats, menaces, chantages, passages à tabac, filatures… et la torture.Les États espagnol et français ont employé toutes ces méthodes afin de briser la dissidence politique basque.Comme nous le savons, le cas de Joxe Arregi n’est pas isolé.

L’État espagnol a utilisé la torture de manière systématique, s’appuyant sur une véritable machinerie : d’abord les policiers exécutant les sévices, puis les juges, procureurs et médecins légistes fermant les yeux, et enfin des avocats commis d’office intimidés par la police. La torture a été une méthode ordonnée par des politiciens professionnels, passée sous silence par les médias à leur botte et par les grands patrons.

Bien que divers tribunaux de l’Union européenne aient souligné le caractère impitoyable de l’État espagnol en la matière, cela n’a pas suffi à faire cesser ces pratiques. Aujourd’hui, alors que le conflit armé est terminé et qu’une nouvelle phase s’ouvre, l’ennemi n’a plus besoin de torturer les militants révolutionnaires basques ; mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas recours à l’avenir si le besoin s’en fait sentir.

Dans ce contexte, il n’est pas paradoxal que la première victime d’ETA fut le tortionnaire Melitón Manzanas. La torture est cruelle, mais la résistance basque a su répondre avec fermeté aux tortionnaires. Nous gardons tous en mémoire le calvaire du jeune Andoni Arrizabalaga, immortalisé par le poème de Telesforo Monzón Itziarren semea, mis en musique par Pantxoa ta Peio : ce jeune homme qui n’a jamais « chanté ». Les cas de Joxe Arregi, le visage tuméfié d’Unai Romano ou les marques d’électrodes sur le dos d’Iratxe Sorzabal sont célèbres. Pourtant, ce sont des milliers de Basques qui ont été torturés — près de 10 000 selon les archives d’Euskal Memoria.La torture a bénéficié d’une impunité totale. Sujet tabou pour certains partis et médias, des milliers de plaintes n’ont jamais été instruites. Pire encore, ceux qui ont dénoncé ces faits ont été poursuivis par leurs propres bourreaux. Des aveux signés sous la torture ont servi de preuves pour condamner des centaines de militants à des milliers d’années de prison. Des lieux comme Intxaurrondo ou La Salve resteront à jamais synonymes de souffrance.

Malheureusement, Intxaurrondo demeure le plus grand centre de torture qu’ait connu l’Europe.Comble de l’infamie, ces individus pratiquant les méthodes les plus viles ont été décorés et gratifiés de médailles et de rentes viagères par les États. Pendant ce temps, des groupes de défense des droits de l’homme et des organisations comme Amnesty International ont souvent fait la sourde oreille face au sort des militants basques, renforçant ainsi le sentiment d’impunité des tortionnaires.

La torture a été utilisée comme un instrument de terreur pour paralyser tout désir de militantisme. Et, malheureusement, les États ont souvent atteint leur but : maintenir la population dans l’immobilisme par la peur. Il faut aussi parler des séquelles : la torture laisse des traces physiques et psychologiques indélébiles.

Dernièrement, l’État espagnol commence à reconnaître quelques victimes, mais cette reconnaissance reste partielle. À quoi bon reconnaître la torture si l’on continue de décorer les auteurs ? Sans condamnation, ces paroles sont vaines. La reconnaissance doit être universelle, s’attaquer à la racine du problème et offrir des garanties de non-répétition.

Pour conclure, nous n’oublions pas les militants politiques en prison, déportés ou en exil. Beaucoup purgent des peines fondées sur des témoignages obtenus sous la contrainte. Tinko exprime sa solidarité à toutes les victimes de la torture et réclame une amnistie totale pour tous ceux qui ont été condamnés pour leur lutte.